Logistique

Un article de Christine Desmoulin traite, dans AMC N°278 (mai 2019), des plateformes logistiques. J’y dit quelques mots :
« À la Direction régionale et interdépartementale de l’Équipement et de l’Aménagement, en 2 ans, j’ai évalué l’insertion urbaine de 65 projets d’entrepôts en Île-de-France, soit un total de 2 000 000 m2, et une moyenne de 30 000 m2 par projet. De façon plus frappante, en excluant les entrepôts traditionnels, 26 projets de plateformes logistiques totalisaient 1 600 000 m2, soit une moyenne de 60 000 m2 par projets.
Ces grosses bêtes nécessitent souvent une dizaine d’hectare d’un seul tenant, et plus encore pour les quelques projets qui approchent ou excèdent les 100 000 m2. L’ordre de grandeur est le même que celui des hypermarchés français. Les plus gros centres logistiques sont à l’échelle du centre commercial de la Belle Épine, à Thiais. Mais sans les parkings géants, les enseignes et les chalands, de loin, un centre logistique est étrangement calme ; deux cents, quatre cents, six cents mètres de bardage uniforme, d’un seul trait et d’une seule couleur ; c’est propre comme un désert ; et ce serait d’autant plus propre si un architecte n’y ajoutait aucune affèterie.
Les vrais problèmes ne font que commencer.
D’abord, la logistique ne s’éloigne pas trop de ses clients. Et aux alentours des métropoles, il y a peu de déserts où pourraient s’épanouir l’espèce logistique. En pratique, les entrepôts se greffent sur un échangeur autoroutier, ils voisinent des villes et des lotissements. Même les entrées de villes, même les zones d’activités, où le maillage viaire est hectométrique, ne peuvent pas accueillir les grosses bêtes logistiques sans remembrer, sans réunir des parcelles, sans supprimer des routes secondaires. Dans ces zones, on pouvait au moins espérer une mutation progressive, des changements d’activités à la parcelle, une plus grande urbanité. Mais qui réemploiera une parcelle de 10 hectares, et pour y faire quoi, sinon de la logistique ?
Ensuite, à supposer même qu’on trouve les déserts appropriés à la création de hubs géants, on devrait espérer, à terme, des circuits de plus en plus courts entre les producteurs et les consommateurs. Ça vaudrait le coup, des fruits et légumes cultivés dans le coin, des appareils construits dans la région, des livres imprimés sur place. C’est vital, dit-on. Mais si cet espoir n’est pas vain, si les circuits raccourcissent, si lieux de stockages rétrécissent, que feront nous des hubs que nous construisons aujourd’hui ? Il est urgent de prévoir l’aménagement et le recyclage des grands territoires logistiques. »

L’article informe, plus complètement que mes propos consacrés à l’urbanisme, sur l’architecture de ces plateformes : La logistique au défi du paysage